Entretien avec Marie Wattel (Montpellier Métropole Natation) en marge du Meeting Open Méditerranée de Marseille. La multiple championne de France du 100m papillon revient avec nous sur ses premiers mois d’entrainement au club de Loughborough en Angleterre, ses nouvelles méthodes de travail et ses ambitions sportives pour l’olympiade à venir.

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Tu as nagé à l’Olympic Nice Natation pendant quatre ans (2012-2016). Depuis le début de la saison, tu es désormais licenciée au club de Montpellier Métropole Natation, mais tu t’entraines en Angleterre, à Loughborough. Comment as-tu décidé d’un tel changement ?

Après les Jeux de Rio, j’ai réfléchi aux années à venir et je me suis dit que je ne me voyais pas continuer au même endroit. L’année 2016 avait été un peu compliquée pour moi, à Nice j’étais la seule papillonneuse et le groupe allait devenir plus restreint. Je souhaitais évoluer dans un collectif plus étoffé, avec une dynamique nouvelle et un niveau sportif élevé dans ma spécialité.

J’ai vu que la Grande-Bretagne avait eu de bons résultats aux Jeux. J’ai pensé que ça pourrait être une bonne idée d’aller voir ce qu’il s’y passait – plutôt que de partir aux États-Unis, un peu loin pour moi ! C’est tout simple, je suis allée sur le site « British Swimming », j’ai consulté les rankings, j’ai cherché quels clubs se démarquaient sur les épreuves de papillon, et j’ai découvert le club de Loughborough. Aussi, j’ai demandé l’avis de mon amie franco-anglaise Carmella Kitching, qui s’est entrainée avec moi à Nice, pour qu’elle me donne quelques renseignements sur les conditions d’entrainement et l’ambiance au sein du club. C’est aussi elle qui m’a donné le contact du coach sur place. Je lui ai envoyé un mail pour lui expliquer que j’avais envie de tenter ma chance dans un nouveau club pour l’olympiade qui s’ouvrait. Il m’a dit que j’étais la bienvenue pour faire un essai. J’ai bien aimé sa réponse.

Je suis parti en Angleterre au début de l’automne, après avoir renagé quelques semaines avec mon club formateur des Dauphins d’Annecy. Mon essai à Loughborough a démarré le 15 octobre, tout s’est très bien passé, et finalement je suis restée.

Comment s’est déroulée ton intégration là-bas, sur le plan sportif, mais au-delà, pour tout ce qui concerne ton adaptation à ce nouvel environnement dans un pays étranger ?

J’ai eu l’avantage de ne pas arriver toute seule, puisque Carmella Kitching a suivi le même chemin que moi. L’intégration dans le groupe s’est plutôt bien passée. Les nageurs ont tous à peu près mon âge, ils sont venus très facilement vers moi et ont été très accueillants. Au niveau de la langue, l’anglais, c’était un peu compliqué au départ, surtout au niveau de la prononciation.

Pour ce qui concerne les entrainements, tout est très différent de ce que j’avais l’habitude de faire. C’est beaucoup moins de kilométrage mais bien plus d’intensité. Les séries sont construites sur des 50m ou des 25m nagés en allure de course. Je ne sais pas encore si ce type de travail sera payant, mais c’est une méthode qui me plait.

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La saison 2016 a été frustrante sportivement (Marie s’est qualifiée pour les Jeux sur 100m papillon mais a été éliminée dès le cap des séries dans un chrono assez éloigné de son record personnel), comment as-tu géré cette déception pour retrouver ta motivation dès l’automne ?

En 2016, tout au long de la saison, je n’ai pas bien nagé. Je n’ai réussi qu’une bonne course, la finale des Championnats de France de Montpellier qualificative pour les Jeux. A Rio, je pense avoir réussi à appréhender la pression mieux qu’aux Mondiaux Kazan en 2015, mais pourtant à l’arrivée le chrono n’a pas été au rendez-vous. Tant physiquement que mentalement, je n’étais pas à 100%. Cette année, j’entends bien me qualifier aux Championnats du monde et briser cette mauvaise habitude de passer à côté de mes courses individuelles en grande compétition internationale.

Ces derniers mois, la dynamique semble déjà plus positive. Tu as réalisé une superbe fin d’année 2016 en petit bassin, avec des progrès en papillon (Marie n’a manqué la finale des Mondiaux de Windsor que pour 1 centième (!) sur 100m) mais aussi en nage libre.

C’est vrai, mais il faut dire que je suis arrivée fraiche au mois de décembre, avec peu de charge de travail dans les bras. Et puis je venais d’arriver en Angleterre, je me sentais bien mentalement, ça compte. Pas mal de gens me l’ont dit au sein de l’équipe de France, ils me voyaient mieux dans ma tête.

Si l’on se projette sur la saison grand bassin 2017, ton objectif est de te qualifier pour les Mondiaux de Budapest à l’occasion des Championnats de France à la fin du mois de mai…

Pour le moment, honnêtement, je ne sais pas trop où j’en suis. Le temps de qualification pour les Mondiaux au 100m papillon, 58.15, je ne l’ai jamais fait. Il va falloir que j’améliore mon record de 2 dixièmes. Ça semble réaliste, mais en même temps, étant donné que j’ai tout changé au niveau des méthodes d’entrainement, c’est « soit ça passe soit ça casse » ! Si je me qualifie, ça serait mes troisièmes Championnats du monde en grand bassin, cinq années d’équipe de France. J’ai vraiment envie de m’imposer, de me faire ma place au niveau international, en disputant une demi-finale au niveau mondial, chose que je n’ai encore jamais faite.

Pour revenir sur les Championnats de France, ma priorité sera bien sûr d’aller chercher ma qualif sur le 100m pap, mais il me tient aussi à cœur de faire un bon 100m NL, une course sur laquelle j’ai envie de devenir performante. A très haut niveau, les meilleures papillonneuses sur 100m sont aussi parmi les plus rapides sur 100m NL. Les deux épreuves sont très complémentaires, il faut que je travaille dans ce sens.

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Ta planification est donc axée sur les 100m. Le 200m papillon où tu as déjà montré de belles choses par le passé est mis au second plan ?

En 2015, quand j’avais fait un bon temps au 200m papillon (2.09.87), je ne m’entrainais pas vraiment pour ça, j’étais juste très bien à ce moment-là. En 2016, j’ai eu un peu le dégoût de l’entrainement. J’avais envie de repartir sur quelque chose d’un peu plus léger en 2017, c’est en partie pour cela que j’ai décidé de favoriser les épreuves de sprint. Je me dis aussi qu’il est difficile d’être performante à la fois sur 100m NL, 50/100/200m pap, des courses très différentes. Je ne suis pas certaine que le 200m pap ait sa place au milieu de tout ça. Peut-être que j’y reviendrai l’an prochain, je ne fais pas une croix définitive dessus. Actuellement, j’ai simplement besoin de me concentrer sur des courses que j’aime faire.

Tu disais tout à l’heure que tu te projetais sur l’olympiade à venir. Tu penses déjà à l’échéance des Jeux de Tokyo 2020 ?

L’idée est en effet de repartir sur quatre ans. Pourquoi pas même jusqu’en 2024, si Paris obtenait les Jeux… Je n’arrête pas d’y penser ! (Rires)

Le plus bel objectif que je pourrais atteindre en 2020 à Tokyo, ça serait d’aller chercher une finale olympique sur 100m pap. Si j’arrive à faire ça, je pourrais alors arrêter sereinement ma carrière quand je le voudrai, je serais ravie. Le second objectif que j’ai dans un coin de la tête, ça serait de disputer le relais 4*100m NL des Jeux avec les filles de l’équipe de France.

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Tu évoquais tes nouvelles méthodes d’entrainement, peux-tu détailler la manière dont vous travaillez avec ton coach pour te faire progresser en sprint.

Le kilométrage par entrainement est moins important, environ 40km par semaine, avec beaucoup de travail à allure de course : des séries à allure de 100m, fractionnées en 25m, 50m, parfois 75m. Ce sont des entrainement dits « lactiques », très intenses, qui nous poussent très loin dans l’effort, parfois jusqu’à l’envie de vomir ! (Rires)

Un exemple de série type en spé : un premier 50m départ plongé à fond, 25m souple, puis 4x25m à fond avec très peu de repos, de nouveau 25m souple, et le tout trois ou quatre fois. Une autre série à laquelle j’ai échappé grâce à ma participation au Meeting de Marseille : 75m à fond, 25m souple, 50m à fond, le tout trois ou quatre fois.

C’est ce genre de séries qui composent l’entrainement depuis le début de l’année. Pas tous les jours, bien évidemment, environ trois fois par semaine. Il y a aussi des entrainements techniques, avec de la vidéo, des éducatifs, et des entrainements de récup où la consigne est de ne pas trop s’employer.

Tu as fait des modifications techniques sur ta nage en papillon et en crawl ?

C’est la première fois qu’on me filme à l’entrainement, qu’on me mets sous les yeux mes défauts techniques. J’essaye d’en avoir conscience, mais quand je tente de corriger, pour l’instant, à vitesse de course, ce n’est pas encore ça. Je ne crois pas qu’on puisse encore parler d’évolution. J’ai encore tendance à « rentrer par le coude » en pap. Comme je suis « hyper laxe », c’est un peu compliqué pour moi de rentrer par la main. C’est quelque chose que j’ai du mal à corriger.

En crawl, je pense que j’ai quand même un peu modifié ma nage. Avant, j’étais plus sur une « nage de 200m », avec moins de rythme, je m’appliquais peut-être un peu trop. Maintenant, j’essaye vraiment de faire autrement, de mettre plus de cadence. J’avais tendance à retarder un peu ma respiration, là, le coach m’a dit de respirer dès l’entrée de la main dans l’eau. Ça permet de donner plus de dynamisme à mon crawl en sprint.

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« L’entrée par le coude » illustrée en une photo ratée (Meeting Open Méditerranée de Marseille 2017)

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Tu as intégré un collectif d’entrainement avec plusieurs nageurs spécialistes de papillon. Y as-tu trouvé l’émulation espérée entre papillonneurs ?

C’est important pour moi de m’entrainer dans un groupe où les nageurs s’encouragent les uns les autres pendant les séries. J’aime aussi pouvoir me confronter, me comparer avec mes partenaires, pour situer mon état de forme au quotidien. Ce sont des petites choses que je ne pouvais pas vraiment faire quand j’étais à Nice.

A Loughborough, généralement, je nage avec une fille de mon âge qui fait elle aussi du 100m pap et un nageur handisport qui nage également 58s au 100m pap. Dans les séries, on part tous les trois de front, chacun dans son couloir, et c’est la guerre ! (Rires) Nos records à tous les trois sont très proches, tu ne peux pas te permettre de relâcher dans les cinq derniers mètres. Je sais que cette configuration m’aide à me dépasser. Et puis l’esprit est bon, à l’arrivée, on se tape tous dans les mains. Ce sont les petits détails qui vont te pousser à t’arracher quand tu n’en peux plus.

Quel est ton état d’esprit quand tu abordes les compétitions de pré-saison, comme le Meeting de Marseille du weekend dernier ?

J’ai toujours une grande motivation lorsque je m’aligne sur les meetings Golden Tour, j’ai vraiment envie de nager ! Le plateau est toujours relevé sur les épreuves de papillon, avec des nageuses de niveau international que je retrouve aux Championnats du monde. J’adore ces moments-là. Si je bats ces filles à ce moment de l’année, je me dis que je serai capable de les battre ensuite en grande compétition. C’est important de disputer ces courses en début d’année, j’aime bien me familiariser avec mes concurrentes.

A Marseille, j’avais particulièrement hâte de nager le 100m papillon, je ne pensais qu’à ça depuis quelques jours ! Je savais bien que la forme n’était pas là, mais il y avait une grosse concurrence, avec notamment la Japonaise Rikako Ikee qui a déjà nagé sous les 57s, c’était suffisant pour se motiver. (Marie a pris la 5e place de la finale du meeting en 59.42).

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Pour finir, peux-tu nous donner ton avis sur le traitement médiatique de la natation ?

Je trouve étrange que certains nageurs passent à la trappe médiatiquement quand d’autres sont curieusement très médiatisés malgré un niveau équivalent. Avec le départ à la retraite de certaines têtes d’affiche, de nouveaux nageurs sont mis en lumière, c’est une bonne chose. Je pense à Jordan (Pothain), on ne parlait pas souvent de lui alors qu’il avait de supers résultats et un état d’esprit exemplaire.

Personnellement, la manière dont les médias parlent de moi ne m’atteint pas tellement, même si évidemment je préfère que ça soit en bien. Encore faut-il le mériter ! A l’inverse, si je me plante, si les médias sont durs avec moi, je ne le vois pas comme un problème, parce qu’ils ne seront jamais aussi durs que je ne le suis avec moi-même.

 

Merci beaucoup à Marie Wattel pour sa disponibilité pendant le Meeting de Marseille. Rendez-vous aux Championnats de France de Schiltigheim au mois de mai prochain !