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La razzia de médailles se poursuit pour les Etats-Unis sur les épreuves olympiques de natation, avec trois nouveaux titres : Maya DiRado sur 200m dos dames, Katie Ledecky sur 800m NL dames, Anthony Ervin sur 50m NL (devant Florent Manaudou et un autre Américain, Nathan Adrian). Si la médaille d’or a échappé à Michael Phelps sur 100m papillon, le vainqueur, le Singapourien Joseph Schooling, s’entraine à Austin, au Texas.

200m dos dames

Maya DiRado (États-Unis)

Après ses victoires sur 100m dos et sur les épreuves de « 4 nages », il semblait évident que cette finale ne pouvait échapper à l’insatiable Katinka Hosszu. C’était sans compter sur une autre nageuse en forme du moment, l’Américaine Maya DiRado. Cette dernière a réalisé une course absolument parfaite, tant sur le plan tactique que technique, en restant calé dans le sillage de la Hongroise. Sans doute partie un peu à l’emporte-pièce, Hosszu n’a ainsi pas pu résister au retour de DiRado dans l’emballage finale, et voit donc ce quatrième titre individuel tant promis lui échapper pour six centièmes (2.05.99 pour la nouvelle championne olympique, 2.06.05 pour la Hongroise, les deux meilleures performances mondiales de l’année). Après sept jours d’enchainement de courses énergivores nagées de manière bien peu économe, il semble tout de même dans la logique des choses de voir Hosszu enfin vaciller.

800m NL dames

Katy Ledecky (Etats-Unis)

Pas vraiment de suspense sur cette épreuve. Aucun sur l’idendité de la vainqueur, Katy Ledecky. Très peu quant à sa capacité à améliorer son propre record du monde, après sa démonstration sur 400m. On reste sans voix devant le temps final (8.04.79) et l’écart creusé sur la seconde, Jazz Carlin (11s38). La première moitié de course de Ledecky, bouclée en 4.01.98, lui aurait permis de décrocher le bronze sur 400m, à quelques centièmes de Carlin et Smith. Son retour, en 4.02.81, ne l’aurait classée qu’un rang plus loin. Une nouvelle fois, on a eu l’impression que l’Américaine ne pratiquait pas le même sport que ses adversaires, ou du moins pas dans la même catégorie.

Si l’on essaye de dépasser ce constat pour s’intéresser à la manière dont nage Ledecky, deux aspects sautent aux yeux. D’abord, son cycle de bras introduit un déséquilibre maîtrisé, renforcé par sa respiration en deux temps, à la manière de ce qui est courant sur les distances inférieures. La base de ce mouvement est une traction extrêmement puissante avec son bras droit, qui introduit une légère remontée de la tête. Le second élément est que l’Américaine fait un usage tout à fait particulier de ses jambes. La plupart du temps immobiles, elle s’en sert très efficacement à la sortie de chaque coulée puis au milieu de chaque 50m, pendant un ou deux cycles de bras, afin de se relancer.

Boglarka Kapas (Hongrie)

Aucune de ses concurrentes n’adopte une technique similaire. La Britannique Jazz Carlin, seconde en 8.16.17, compte d’abord sur sa haute fréquence, qu’elle est capable de maintenir durant l’ensemble de la course. La jeune Hongroise Boglarka Kapas, 3e en 8.16.37, possède un style plus posé, avec une efficacité plus grande à chaque cycle de bras. Mais toutes deux partagent la caractéristique de nager « à plat », sans chercher le déséquilibre caractéristique de Ledecky.

Ledecky peut-elle se permettre de nager différemment parce qu’elle possède un profil physiologique hors norme ? Ou introduit-elle une révolution qui est amenée à changer durablement le profil technique des 400m-800m féminins ? Il faudra attendre encore un peu pour avoir des éléments de réponse.

100m papillon messieurs

Joseph Schooling (Singapour)

Un nageur apparaissait favori : Joseph Schooling, bronzé sur l’épreuve au cours des derniers championnats du monde de Kazan. Le Singapourien avait en effet réalisé le meilleur chrono des demi-finales, améliorant au passage son record personnel (50.83). Schooling n’a pas craqué sous la pression et s’impose dans un excellent temps (50.39, nouveau record olympique), devant un trio composé de Michael Phelps, du champion du monde Chad le Clos et du champion d’Europe Laszlo Cseh (tous en 51.14).

Schooling, qui s’entraîne au Texas, est plus petit que la plupart de ses concurrents (1m84). Il compense ce déficit par un rapport poids-puissance phénoménal. Alors que Phelps introduit beaucoup de profondeur dans sa nage, respirant tous les temps pour mieux exploiter l’ondulation qui a fait sa renommée, Schooling évolue plus à plat et souvent en deux temps, ce qui lui autorise une fréquence supérieure. Un schéma plus « old school » qui tend à perdre du terrain au plus haut niveau international, mais qui se voit ici récompensé.

Mehdy Metella (France)

Côté français, Mehdy Metella réalise sa meilleure course de l’année, touchant 6e en 51.58. Il reste néanmoins à distance de son record personnel établi l’année dernière à Kazan (51.24). Toujours impressionnant dans la nage, le Marseillais a semblé mal négocier les parties techniques, en particulier son virage. En gommant ces imperfections, il aurait probablement pu se rapprocher de la lutte pour le podium.

50m NL messieurs

Anthony Ervin (États-Unis)

Il y a quatre ans à Londres, Florent Manaudou avait créé la surprise en s’imposant sur le 50m NL, empêchant ainsi le Brésilien César Cielo de conserver son titre. Cette fois-ci, c’est le Français qui remettait sa couronne en jeu, et lui aussi a été détrôné. Pour un cruel centième de seconde. La faute à l’Américain Anthony Ervin, déjà champion olympique sur la distance il y a… 16 ans, à Sydney !

Ervin était l’outsider parfait pour remporter le titre. Aligné en séries du relais 4x100m NL dimanche dernier, il avait couvert le premier 50m en 21.68 lancés au pied, preuve s’il en était qu’il faudrait se méfier de lui sur l’aller simple. Avant-hier en séries du 50m NL, il avait été très impressionnant en signant le troisième chrono (21.63) tout en relâchant ostensiblement au moment de la touche. En demi-finale, après un start assez calamiteux, il était revenu aisément dans la nage sur tous ses adversaires, et était même parvenu à améliorer son meilleur temps de la saison (21.46) malgré cette erreur technique. En finale, après avoir limité son retard dans la première partie de course, il a montré qu’il était actuellement bel et bien le plus rapide du monde en nage pure, en parvenant à toucher devant Manaudou d’un cheveu (21.40 contre 21.41). Nathan Adrian, qui semblait pourtant en bonne position pour l’emporter à 15m de l’arrivée, a finalement dû se contenter du bronze (21.49).

Florent Manaudou (France)

Pour Manaudou, l’issue de cette finale a forcément un goût amer. Au tour précédent, il s’était montré le plus fort (21.32), mais il n’a malheureusement pas été capable de nager avec la même décontraction ni la même efficacité le jour J. Néanmoins le Marseillais, conscient plus que quiconque que le résultat d’une finale, notamment sur 50m, n’est jamais écrit d’avance, a su se montrer très philosophe à la sortie du bassin. S’il visait l’or, cette médaille d’argent olympique est bien plus qu’une simple nouvelle ligne à son imposant palmarès. Elle doit être saluée et appréciée comme il se doit.