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Les États-Unis remportent la finale du 4x100m NL devant l’équipe de France et l’Australie, la Russie virtuellement sur le podium une bonne partie de la course terminant finalement à la quatrième place. A chaud, cette médaille d’argent avait logiquement un goût amer pour les relayeurs français ; invaincu sur la scène internationale depuis 4 ans, le collectif du relais ne visait rien d’autre que la victoire. L’histoire retiendra qu’il s’agit là tout de même de la troisième médaille olympique consécutive sur cette épreuve pour l’équipe de France, après la seconde place à Pékin en 2008, déjà derrière les États-Unis, et le triomphe à Londres en 2012. Une performance qui était loin d’être acquise d’avance au regard de la qualité des équipes alignées au départ de la finale et de la forme en demi-teinte de certains de nos éléments.

A peine le coup de sifflet du départ donné, les supporters français avaient ressenti un frisson d’inquiétude. En l’espace d’un plongeon et d’une coulée, le premier relayeur américain Caeleb Dressel avait déjà pris une bonne longueur à tous les autres concurrents, dont Mehdy Metella, pourtant réputé pour la qualité de son start. L’espoir est revenu rapidement quand Mehdy, bien calé dans la vague de l’Américain sur la première longueur, est parvenu à sortir un très solide deuxième 50m comme peu de nageurs en sont capables (24.85, après un premier 50m bouclé en 23.23). Un modèle d’équilibre de course comparé aux prestations de ses adversaires directs qui lui permet de passer le relais en tête pour la France en 48.08 (nouveau record personnel à la clé), deux petits centièmes devant les États-Unis, et avec une avance déjà significative sur la Russie (Andrey Grechin, 48.58), et la très redoutée équipe d’Australie (James Roberts, 48.88).

Le hic c’est que Michael Phelps, après une prise de relais quasi parfaite (0.08), a sorti un 100m NL digne de ses grandes heures (47.12 lancé). Dans la ligne voisine, un Fabien Gilot peu en verve souffrait la comparaison. Après un départ rapide comme à son habitude (22.42), le Marseillais a perdu une longueur sur l’Américain dans la coulée du virage, avant de s’écrouler sur le retour (25.78, chrono final 48.20 lancé, sa moins bonne performance en relais international depuis… bien longtemps). A mi-course, les Etats-Unis avaient donc pris le large, avec plus d’une seconde d’avance, et les Australiens étaient revenus à hauteur sans encore avoir abattu leurs meilleures cartes, grâce à un bon relais de Kyle Chalmers (47.38, toutefois en retrait de ses 47.04 nagés en séries).

Dans cette troisième partie du relais, Florent Manaudou a signé une nouvelle performance remarquable (47.14 lancé), en ayant pris soin de ne pas jeter toutes ses forces dans la bataille dès la première longueur. Il a ainsi grappillé six dixièmes sur le surprenant Ryan Held, mais surtout, il creusé un écart important sur l’ancien double champion du monde du 100m, l’Australien James Magnussen, qui n’est décidément plus que l’ombre de lui-même (48.11 lancé).

A 100m du terme, la France s’est ainsi rapprochée des États-Unis à 4 dixièmes. Si près et si loin à la fois. Car si Jérémy Stravius est capable de réaliser des prouesses en conclusion des relais, il s’est ici mesuré à un nageur intrinsèquement un cran au-dessus de lui, la pièce maitresse du collectif américain, le champion olympique en titre du 100m NL Nathan Adrian. Visuellement, Jérémy a semblé souffrir pour garder le contact dans la vague, en réalité, survoltés par l’enjeu, les deux nageurs ont réalisé des chronos de grande classe (47.11 pour le Français, 46.97 pour l’Américain), et les positions sont restées inchangées en tête de la course. Un peu plus loin, Cameron McEvoy (47.00 lancé) avait dépassé le dernier relayeur russe pour offrir une médaille de bronze de consolation à l’Australie.

Que retenir ?

D’abord que l’on attendait pas forcément les Etats-Unis à un tel niveau de performance, l’intégration de dernière minute de Michael Phelps ayant considérablement renforcé le potentiel de l’équipe. Pour ceux qui en doutaient encore, ce dernier est bien arrivé à Rio au meilleur de sa forme dans l’optique de faire le plein de médailles d’or.

Par ailleurs, Nathan Adrian (46.97, prise de relais assurée 0.35) et Cameron McEvoy (47.00, prise de relais très assurée également 0.42) ont pris rendez-vous pour un duel au sommet en finale du 100m NL. Vladimir Morozov (47.31) et Kyle Chalmers (47.04) ont également montré qu’il faudrait compter avec eux sur cette épreuve.

Et comme il y a quatre ans, les Australiens archi favoris de l’épreuve sont passés à côté. Ça serait tout de même plus sympa pour leurs supporters si cette mauvaise habitude pouvait cesser.

Du côté des Français, Mehdy Metella améliore son record au départ du relais avec une pression monstre sur les épaules, de bonne augure en vue du 100m papillon où il se présentera en outsider pour le podium. Pour Florent Manaudou, tous les voyants semblent au vert à quelques jours du 50m NL, alors que Jérémy Stravius a sans doute refait le plein de confiance dans la perspective du 100m NL individuel en se positionnant comme un candidat crédible au podium.

Pour les autres relayeurs français, le bilan est plus mitigé. Fabien Gilot, pilier emblématique de tous les récents relais français médaillés n’a clairement pas été à la hauteur des attentes en finale (48.20 lancé, contre 47.88 en séries), alors qu’il avait été titularisé au détriment de Clément Mignon, auteur lui d’une prestation moyenne au départ des séries (48.59 au start). Pour ce dernier, espérons que ni son chrono ni sa mise à l’écart de la finale ne viendront entamer son moral avant le début des épreuves du 100m NL, course pour laquelle il est qualifié en individuel. Enfin, si sa participation aux séries a permis à certains membres forts du relais de se préserver, ce qui était la raison première de sa présence dans l’équipe, William Meynard repartira certainement frustré de ces Jeux tant son chrono est loin de refléter son véritable potentiel (49.05 lancé).