Un bilan sélectif de la septième (et dernière) journée des championnats d’Europe de Londres 2016 (images : France Télévisions)

 

La course du jour : le 4x100m 4N messieurs

 

Les relais 4N ponctuent traditionnellement le programme des grandes compétitions internationales ; ils constituent un baromètre significatif de l’état de santé sportive des nations engagées. Chez les messieurs, après une semaine relativement terne, les Britanniques, grand favoris, décrochent facilement l’or (3.32.15). A bonne distance, la France s’octroie la médaille d’argent (3.33.89), quelques encablures devant la Hongrie (3.34.12), l’Italie (disqualifiée pour une prise de relais illicite), et la Grèce (3.34.41).

Les nations favorites étaient au coude à coude à l’issue du parcours de dos. Peu en réussite depuis le début de la semaine, Benjamin Stasiulis avait à cœur de mettre ses coéquipiers sur de bons rails, et il n’a pas failli à sa mission, réalisant de loin sa plus belle course de la semaine (54.73). Un chrono qui lui a permis de rester au contact de ses adversaires directs, puisque le plus rapide, le Lituanien Danas Rapsys, bouclait son parcours en 54.07.

En brasse, comme cela était écrit, Adam Peaty a creusé un écart définitif (58.08 lancé). Derrière, alors que la Hongrie reculait significativement, Giacomo Perez Dortona est parvenu à rester à hauteur de l’Italien Andrea Toniato, en embuscade derrière la Grèce et la Lituanie, grâce à un très bon relais, pour lui aussi sa meilleure course de la semaine (1.00.23 lancé).

Mehdy Metella est facilement revenu sur les adversaires qui étaient à sa portée (le Britannique James Guy avait bien trop de marge pour être inquiété) avant même la fin de la première longueur, ce qui a rendu son retour plus délicat qu’à l’accoutumée. Sa performance (51.38 lancé) lui permet tout de même de transmettre le relais en troisième position, à la bagarre avec la Hongrie, que Laszlo Cseh avait repositionnée idéalement (50.33 lancé).

Après sa déception chronométrique sur 50m NL quelques instants plus tôt (voir plus loin), Florent Manaudou l’esprit revanchard a une nouvelle fois sorti un très probant 100m NL en dernier relayeur (47.55 lancé). Prenant comme à son habitude un départ ultra rapide, il a su malgré la douleur contenir dans les derniers mètres le retour du Hongrois Richard Bohus, de l’Italien Luca Dotto (finalement disqualifié pour départ anticipé), et de l’étonnant Grec Kristian Gkolomeev (47.60 lancé).

Cette médaille d’argent est une nouvelle satisfaction pour l’équipe de France. Derrière des Britanniques intouchables, les quatre nageurs marseillais ont su répondre présents, parvenant en conclusion d’une longue semaine à sortir chacun une très belle prestation au regard de leurs états de forme du moment.

 

 

 

Le Français du jour : Florent Manaudou

 

manaudouAprès sa demi-finale nagée en 21.64 avec une impression de facilité, Florent Manaudou affichait légitimement de hautes ambitions chronométriques pour la finale, et il semblait clair qu’aucun nageur ne serait en mesure de venir le chatouiller. Le scénario ne s’est pas déroulé comme prévu.

Sorti derrière Ben Proud de sa coulée (le Britannique touchera finalement 3e en 21.85), le Marseillais n’a jamais réussi à mettre en place sa nage habituellement si efficace sur l’aller simple. S’il parvient à conserver son titre pour six centièmes à la touche (l’Ukrainien Andriy Govorov, titré sur 50m papillon, termine deuxième en 21.79), cette finale est une réelle déception tant le chrono apparait médiocre (21.73).

Cette relative contre-performance n’est en aucun cas alarmante en vue des Jeux. Elle sonne comme un avertissement dont il faudra tenir compte à Rio : il n’est jamais simple de maintenir son état de forme et sa concentration durant une si longue compétition, d’autant plus lorsque la course objectif est programmée en toute fin de semaine.

Le bilan de sa semaine reste globalement positif. Sur le plan purement comptable, Florent Manaudou repart de Londres avec deux titres (un en individuel, un en relais) et une médaille d’argent avec le relais 4N. Chronométriquement, il avait montré la veille (comme en meetings tout au long de la saison) qu’il valait bien mieux que ces 21.73, même en période de préparation. Par ailleurs, ses prestations en relais sur 100m lui ont certainement permis d’emmagasiner de la confiance dans la perspective des relais olympiques.

 

 

 

L’autre 50m NL du jour

 

Anna Santamans et son entraineur Maxime Leutenegger.

Les observateurs attendaient beaucoup du 50m NL masculin, mais les performances ont été qualitativement supérieures sur l’épreuve féminine. La championne olympique en titre, la Néerlandaise Ranomi Kromowidjodjo, n’a laissé aucune chance à la concurrence, en s’imposant dans un excellent chrono (24.07), nouveau record des championnats d’Europe, deuxième performance mondiale de l’année. Elle devance la Britannique Fran Halsall (24.44), moins rapide que la veille en demi-finale, et la Danoise Jeanette Ottesen (24.61).

Anna Santamans n’est donc pas parvenu à déjouer les pronostics, terminant quatrième (24.81, deux centièmes de mieux qu’au tour précédent). Il convient néanmoins de saluer cette performance. La Niçoise, déjà quatrième il y a deux ans, confirme qu’elle est tout proche du plus haut niveau sur cette épreuve où la concurrence est rude. Son objectif d’entrer en finale olympique à Rio semble plus que jamais réaliste.

 

 

 

Les autres finales du jour 

 

La recordwoman du monde Ruta Meilutyte absente, la Suédoise Jennie Johansson, championne du monde à Kazan l’an dernier, s’est octroyé le titre européen sur 50m brasse (30.81). Elle s’impose pour tout juste un dixième devant l’Islandaise Hrafnhildu Luthersdottir (30.91) et la Finlandaise Jenna Laukkanen (30.95).

Sur 200m papillon, l’Allemande Franziska Hentke, en troisième position tout au long de la course, a parfaitement géré son effort pour venir coiffer sur le fil pour un centième la Hongroise Liliana Szilagyi (2.07.23 contre 2.07.24). L’Espagnole Judit Ignacio Sorribes encore en tête aux 150m a craqué dans la dernière longueur et termine finalement troisième (2.07.52).

Le vice-champion du monde du 400m 4N David Verraszto s’impose facilement en finale de cette épreuve dans un temps assez anodin pour lui (4.13.15), après avoir creusé l’essentiel de son avance sur le parcours de dos. Il devance le Slovaque Richard Nagy (4.14.16) et l’Italien Federico Turrini (4.14.74).

En l’absence des Danoises, tenantes du titre et détentrices du record des championnats du 4x100m 4N, les Britanniques faisaient figure de grandes favorites. Elles n’ont guère été inquiétées et l’emportent en 3.58.57, devant l’Italie (4.00.73) et la Finlande (4.01.49). La fatigue accumulée au cours de la semaine semble s’être fait ressentir puisque les performances sont souvent demeurées en retrait par rapport aux épreuves individuelles.

Notons tout de même :

  • Chez les Finlandaises, les 1.00.42 de Mimosa Jallow sur le 100m dos et surtout les 1.06.42 de Jenna Laukkanen sur le parcours de brasse.
  • Le parcours de papillon de la spécialiste de 4N Siobhan-Marie O’Connor pour les Britanniques (57.69)
  • La nouvelle prestation solide de l’Islandaise Hrafnhildu Luthersdottir sur le parcours de brasse (1.06.21).
  • Les 54.12 d’Erika Ferraioli pour conclure le relais italien.

 

 

Les autres Français engagés

 

Les Toulousains Nicolas D’Oriano et Ganesh Pedurand étaient engagés en séries du 400m 4N. Le premier, visiblement peu reposé, est resté à bonne distance de sa performance de référence établie aux N1 cette année (31e en 4.27.54, à sept secondes de son record). Quant au second, après sa désillusion sur 200m 4N en début de semaine, il a su rebondir et se montrer à son aise sur cette épreuve dont il n’est pourtant pas spécialiste (27e en 4.25.78, à moins de deux secondes de son record personnel datant de 2011), grâce notamment à de beaux parcours en brasse et en crawl.

Fantine Lesaffre a pour sa part disputé les séries du 400m NL, se classant 18 e en 4.16.39.

 

 

La belle surprise : Boglarka Kapas sur 400m NL

 

La finale du 400m dames s’annonçait ouverte : aux côtés de Boglarka Kapas, que l’on savait particulièrement en forme, on retrouvait le podium au complet de l’édition précédente (Jazmin Carlin, Sharon van Rouwendaal et Mireia Belmonte Garcia) ainsi que Melanie Costa Schmid, vice-championne du monde en 2013.

Kapas n’a laissé à personne le soin de mener la course, prenant la tête dès le premier 100m pour ne plus jamais la lâcher. Si sa victoire, la troisième après ses titres sur 1500m et 800m, n’est pas exactement une surprise, on ne l’imaginait pas capable d’un tel chrono – et elle non plus, à en croire son expression à la fin de la course. Avec 4.03.47, elle améliore de plus de deux secondes son record, qui remontait à 2013. Elle signe en outre la seconde meilleure performance mondiale de l’année derrière l’intouchable Katie Ledecky.

Pour Kapas, très performante à Londres, l’enjeu est maintenant de retrouver le même état de forme à Rio. Le podium olympique ne paraît en effet plus hors de sa portée, même s’il lui faudra probablement accélérer encore un peu pour y accéder.