Cette année et pour la première fois, les championnats de France handisport se tiennent en même temps que les N1 pour valides. Les spectateurs présents à l’intérieur de la piscine d’Antigone ce mercredi n’ont pu le manquer : Théo Curin (le jeune qui monte) et David Smétanine (l’expérimenté aux multiples médailles internationales) ont été les deux premiers à décrocher leur ticket pour Rio dans le bassin montpelliérain. Ils rejoignent ainsi Élodie Lorandi et Charles Rozoy, déjà qualifiés en tant que médaillés aux derniers championnats du monde.

Nous avons eu envie d’en savoir plus sur la natation handisport et sommes partis à la rencontre de Maud Deleplanque, vice-championne de France sur 100m papillon en 2015, qui est accompagnée à Montpellier par son entraineur Julien Labranche.


Bonjour Maud, est-ce que tu peux te présenter et nous rappeler ton palmarès ?

Je m’appelle Maud Deleplanque, 19 ans et étudiante en droit. Je suis nageuse handisport depuis trois saisons, licenciée au Club Olympique de Sèvres. Je ne peux pas utiliser mon bras droit depuis un accident survenu il y a six ans.

L’année dernière, j’ai été vice-championne de France du 100m papillon et championne de France junior des 50m papillon et brasse.

Est-ce que tu pratiquais déjà la natation avant ton accident ?

Non, je faisais du tennis, sport que j’ai dû arrêter.

Combien de fois par semaine est-ce que tu t’entraines et dans quelles conditions ?

Je consacre environ une vingtaine d’heures par semaine à la natation, répartie entre 8 séances dans l’eau et 5 hors de l’eau. Je nage dans le cadre d’un entrainement handisport trois fois par semaines. Les autres entrainements, je les effectue seule, dans le public.

 

Pas trop dur de concilier études et pratique sportive ?

L’avantage à la fac, c’est que je ne n’ai que très peu d’heures de cours avec présence obligatoire. Cela me permet de m’organiser sans trop de problème jusqu’ici, même si entre les entrainements et le travail personnel qui est important en Droit, je n’ai évidemment pas beaucoup de temps libre.

 

Quels sont tes objectifs sur cette compétition et à plus long terme ?

Je suis d’abord ici pour me tester en prévision des championnats de France d’été, où je vise le podium sur ma spécialité, le 100m papillon, épreuve qui n’est pas disputée à Montpellier. Cette semaine, je tenterai de monter sur le podium du 100m brasse. À terme, j’aimerais me qualifier pour une compétition internationale, en commençant par les championnats d’Europe qui sont les plus accessibles. Mais cela dépend beaucoup de la catégorie dans laquelle j’évouluerai dans le futur.

 

Justement, est-ce que tu peux nous expliquer comment fonctionne le système de catégorie en natation handisport ?

Les nageurs souffrant d’un handicap moteur sont répartis en dix catégories, qui vont de S10 (handicap le plus léger, comme la paralysie d’un mollet) à S1 (handicap le plus lourd). Pour les compétitions régionales et nationales, nous nageons tous ensemble. À la fin de la course, des coefficients permettent d’établir le classement, qui n’est disponible qu’après une vingtaine de minutes. Ce n’est donc pas parce que l’on touche en premier que l’on a gagné ! En revanche, au niveau international, des courses séparées sont organisées pour chaque catégorie.

 

Mais comment ces catégories sont-elles déterminées ?

Nous passons un examen ou « testing » auprès de deux « classificateurs ». En France ce sont les deux mêmes classificatrices qui sont présentes à tous les championnats de France. Elles nous font d’abord passer des tests hors de l’eau, en évaluant notre amplitude et notre force, puis dans l’eau, en regardant concrétement ce que l’on peut faire et ce que l’on ne peut pas faire. À l’issue de ces tests, une catégorie nous est attribuée. Si un nageur conteste sa classification, il peut demander un nouvel examen, au risque que ce dernier lui soit encore plus défavorable. Lorsqu’un nageur se qualifie pour la première fois pour une compétition internationale, il doit faire homologuer sa catégorie devant des évaluateurs agréés à ce niveau.

 

Et toi, quelle est ta catégorie ?

Je nage en S10, la catégorie regroupant les handicaps les plus légers, parce que je peux bouger mon bras droit en dehors de l’eau. Je suis cependant absolument incapable d’exercer une quelconque pression avec ce bras dans l’eau. Durant mes courses, j’utilise donc exclusivement mon bras gauche.

Si cette incapacité totale de mon bras droit était reconnue, j’évoluerais en S8 et, avec les performances que j’ai déjà réalisées (1.22 sur 100m papillon, 1.33 sur 100m brasse), je pourrais envisager de participer à des compétitions internationales. C’est une situation frustrante, mais des réformes internationales sont annoncées pour les années à venir. J’espère qu’elles introduiront un système d’évaluation plus scientifique, avec notamment une prise en compte des capacités réelles de propulsion.

 

 

Quel regard portes-tu sur cette expérience de championnats de France conjoints handisports/valides ?

Maud au départ de son 100m brasse

Je trouve que le bilan est nuancé. Nous étions très enthousiastes lorsque la nouvelle a été annoncée, puis nous avons un peu déchanté en voyant les grilles de qualifications, beaucoup plus difficiles qu’habituellement. Nous sommes ici 47, contre le double environ en temps normal. Cela a de grandes conséquences, puisque les épreuves pour lesquelles trop peu de nageurs s’étaient qualifiés ont été annulées. C’est le cas de ma spécialité, le 100m papillon, que je ne pourrai donc pas nager ici. C’est la raison pour laquelle, sur certaines épreuves, les membres de l’équipe de France qui visent les minimas pour les Jeux Paralympiques ont été intégrés au programme valide.

En revanche, d’autres aspects sont véritablement positifs : c’est l’occasion de faire connaître la natation handisport au public, qui est absent de nos championnats de France. Cela nous permet également de participer à une compétition très bien organisée, d’une taille supérieure à ce que nous connaissons.

 

Est-ce que tu échanges régulièrement avec les autres nageurs handisport ?

C’est un petit milieu, ce qui nous permet de tisser des liens étroits. Nous nous connaissons tous et il n’y a pas de barrière entre les nageurs de l’équipe de France et les autres. L’ambiance est vraiment excellente.

 

Pour conclure, est-ce que tu souhaiterais faire passer un message ?

Peut-être sensibiliser les gens aux difficultés que nous rencontrons pour pratiquer notre sport : il est difficile de trouver des créneaux dans les clubs, et encore plus en nombre suffisant.  Assurer les financements nous permettant de nous déplacer en compétition est également une préoccupation permanente. Nous sommes souvent obligés d’organiser des cagnottes !

 

 

Un grand merci à Maud Deleplanque et Julien Labranche pour leur disponibilité !


 

Théo Curin au départ du 200 NL

Théo Curin au départ du 200 NL

 

Au cours de cette première journée des championnats de France handisport, le jeune Théo Curin a particulièrement impressionné. Curin, qui évolue en catégorie S5 et a décroché sa première sélection internationale l’année dernière à l’occasion des championnats du monde de Glasgow,  a amélioré le record de France du 50 dos (45.35) avant de se qualifier pour Rio sur le 200 NL (2.44.79).